Burkina Faso : Le bal masqué des hypocrites et des lâches

Crédit dessin de presse : Damien Glez - Burkina Faso

Crédit dessin de presse : Damien Glez – Burkina Faso

Pendant que le peuple burkinabè est en train de parachever sa révolution qui a eu raison du régime Compaoré, en voulant arracher le pouvoir des mains des militaires, c’est à ce moment que l’Union africaine (UA) et la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), donnent de la voix.

En effet, ces deux institutions disent être opposées à toute prise du pouvoir par des voies autres que celles constitutionnelles et réclament un pouvoir civil. Une position qui irrite, à juste titre, plus d’un Burkinabè. Il aura en effet fallu que le soulèvement populaire triomphe et ce, au prix de nombreux sacrifices, pour que ces deux organisations interviennent. Au lieu de faire de la prévention, elles ont joué les médecins après la mort. Venant de l’UA, cette attitude est loin d’être étonnante car, comme on le sait, elle n’est rien d’autre qu’un club, voire un syndicat de chefs d’Etat.

Par contre, l’attitude de la CEDEAO peut paraître surprenante. En sa qualité d’organisation sous-régionale qui prône les valeurs de bonne gouvernance, d’alternance et de promotion de la démocratie, elle aurait dû faire de l’anticipation en rappelant à l’ordre l’ex-président burkinabè sur le respect de ses textes fondamentaux, notamment sa Charte sur la démocratie. N’est-ce pas elle qui a inspiré l’UA quant à l’adoption de la Charte africaine sur la démocratie? Heureusement que le siège de la CEDEAO ne se trouve pas au Burkina, il aurait pu subir la furie incendiaire des manifestants. En vérité, ces deux instances, par leur couardise et indolence maladives, ne rendent service ni à la démocratie ni aux pays africains encore moins aux peuples africains. Elles attendent toujours que les choses dégénèrent avant de réagir ; et si elles ne changent pas de conduite, on peut être sûr que le triptyque paix, stabilité et développement attendront longtemps avant d’être une réalité sur le continent noir.

Le peuple s’est vu obligé d’écrire tout seul son histoire en prenant en main son destin

En tout cas, il y a fort à parier que si l’UA et la CEDEAO font fi de la forte soif des peuples africains à l’alternance dans leur gouvernance, les cinquante prochaines années ne seront qu’un gâchis. Si elles avaient pris la pleine mesure de la situation qui prévalait au pays des Hommes intègres, on aurait pu faire l’économie des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants enregistrés. Mais comme elles ont refusé de prendre leurs responsabilités, le peuple s’est vu obligé d’écrire tout seul son histoire en prenant en main son destin. Et l’on peut dire qu’il se débrouille jusque-là, plutôt assez bien. Le ballet diplomatique auquel on assiste actuellement traduit toute la veulerie, l’hypocrisie et la lâcheté de ces deux institutions. Si le Burkina était dans une communauté comme la SADC, les choses se seraient sans doute passées autrement, cette organisation régionale ayant prouvé qu’elle avait suffisamment de cran pour remonter les bretelles à des dirigeants de la zone qui se fourvoyaient.

Pour tout dire, ce à quoi la CEDEAO et l’UA se livrent actuellement, n’est ni plus ni moins qu’un bal des hypocrites et des lâches. Où étaient-elles pour ne pas dire à Blaise Compaoré que le tripatouillage de la Constitution est source de danger pour son pays?

Si on peut condamner l’attitude de l’UA et de la CEDEAO, on ne peut non plus ignorer le rôle trouble joué par la France. Au lieu d’exprimer une position claire, le président français François Hollande a préféré adresser une lettre confidentielle voire intime à Blaise Compaoré et dont le contenu n’a été révélé à l’opinion nationale et internationale que lorsque les carottes étaient cramées pour Blaise Compaoré. Toute chose qui aura desservi le peuple burkinabè. Fort de son image de faiseur de paix, de médiateur devant l’Eternel, Blaise Compaoré s’est certainement entêté parce qu’il était plus ou moins convaincu qu’il avait le soutien de l’Hexagone et qu’elle ne lui remonterait pas les bretelles, quoi qu’il fît. Cette démarche de la France qui a consisté à agir dans l’ombre, est la preuve que le requiem de la Françafrique n’est pas pour demain. Heureusement que le peuple burkinabè a compris qu’il ne pouvait compter que sur lui-même pour s’affranchir du régime Compaoré.

S’il y a une institution dont la constance mérite d’être saluée, c’est bien l’Eglise catholique. Elle aura été la première à attirer l’attention de l’ex-dirigeant burkinabè sur le danger que son projet de révision constitutionnelle faisait courir au pays. Et on peut dire que l’histoire lui a donné raison.

Auteur : Dabadi ZOUMBARA, Journal Le Pays

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